ÉVANESCENCE / exposition juillet 2023

L’évanescence, la forme qui fuit, celle qui nous glisse entre les doigts comme le temps d’une rose. Pour la saisir il faut ralentir, observer le mouvement de lenteur que nous offre une fleur comme on lance une bouée à l’attention qui se noie. En peinture, on ne sait souvent pas ce qu’on cherche jusqu’à temps qu’on le trouve. Ou, du moins, on a un soupçon d’idée sur le quoi, mais c’est le comment qui demeure à découvrir et à redécouvrir. Le mystère de la matière, comment lui faire dire l’essentiel en laissant place à l’imaginaire.

Cette histoire avec la fleur, ou plutôt cette aventure, a débuté par un bouquet livré à ma porte en début de pandémie lorsque je vivais le deuil de la mort de mon papa. Ce geste inattendu m’a touchée profondément. Sa beauté, sous toutes ses formes. Un gros câlin de beauté. La fleur est devenue pour moi la preuve indéniable que l’émotion esthétique fait du bien à l’être humain. Je l’ai donc dessinée, sous tous les angles possibles. Le dessin aussi fait du bien. J’ai continué à dessiner, à observer, à presqu’obséder sur cette expression de beauté. Un bouquet, et puis un autre. La pratique est devenue une méditation quotidienne, salvatrice.

Et puis l’envie de peindre. Et puis le blocage du peintre. Et puis les grands questionnements existentiels (les artistes ici se reconnaitront)

Et puis le grand relâchement… et la foi en ce processus chaotique qu’on appelle la création.

Je voulais peindre la fleur, mais pas la fleur. Je voulais saisir son passage. Je voulais capter sa vibration chromatique, sa douceur et sa fragilité. Sa vie brève et son éternelle beauté. Il m’a fallu chercher, essayer une forme et puis une autre, il m’a fallu tout effacer, tout recommencer. Plusieurs fois.  Il m’a fallu réapprendre. Il m’a fallu renaître. Il m’a fallu ralentir et respirer et ralentir et respirer. Ainsi la simplicité, ainsi la fluidité, ainsi la transparence dévoilée.

Je vous présente ce travail mais il n’est pas terminé. Car la fleur est un prétexte. Au fond, c’est le temps qu’on voudrait arrêter.

On ne peut que ralentir

Voilà la démarche.

S’arrêter et observer.

Ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui le traversons. Dit-on.

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